Allocution de la Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme à la presse

15 mars 2011
Novotel Conakry

Je voudrais tout d’abord vous adresser mes sincères remerciements pour votre participation à la présente conférence de presse. Comme vous le savez sans doute, c’est ma première visite en Afrique de l’Ouest depuis ma nomination au poste de Haut Commissaire des droits de l’homme en 2008. Cette mission de deux jours répond à une invitation du Gouvernement guinéen.

Permettez-moi de féliciter le peuple guinéen pour la tenue des élections présidentielles qui ont marqué un retour à un gouvernement civil, tournant ainsi la page des régimes militaires.

Durant mon séjour, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec plusieurs hautes autorités étatiques dont les Ministres de la Justice et des Affaires Etrangères. J’ai également rencontré les membres du Conseil National de Transition (CNT), le Corps diplomatique, les Chefs des Agences du Système des Nations Unies, et les Organisations de la Société Civile. Je puis vous assurer que mes discussions avec l’ensemble de ces interlocuteurs ont été très fructueuses.

Au cours de mes échanges, j’ai eu l’opportunité de recevoir des informations sur la situation des droits de l’homme en général et particulièrement à l’administration de la justice, la protection des groupes vulnérables, la situation des victimes des actes de violation des droits de l’homme de même que les questions liées aux droits économiques, sociaux et culturels. Les droits de l’homme sont interdépendants et méritent tous une égale attention.

En dépit du fait que la Guinée a enregistré de notables progrès dans le domaine de la lutte contre la violence, le pays reste confronté à bien des défis. Je voudrais à cet effet mettre un accent particulier sur les aspects suivants.

La Constitution guinéenne prévoit la création d’une Institution Nationale Indépendante des Droits de l’Homme. Les institutions nationales indépendantes des droits de l’homme constituent des catalyseurs certains dans l’amélioration de la situation des droits de l’homme. Elles sont les courroies de transmission entre le Gouvernement, la société civile, le système national et international des droits de l’homme. Aussi, leur création doit-elle être conforme aux standards minima communément appelés « Principes de Paris » et comprenant l’indépendance, le pluralisme, un mandat large, une autonomie fonctionnelle et organisationnelle de même qu’une collaboration avec les organisations de la société civile.

Par ailleurs, il est extrêmement urgent que la Guinée mène des consultations nationales en vue de la création d’une commission vérité, justice et réconciliation. Cette commission sera un instrument essentiel pour assister la Guinée à tourner cette difficile page de son histoire tout en prenant en compte les préoccupations légitimes des victimes des événements du passé. La justice est un élément clé de tout processus de réconciliation. Dans cette veine, il convient de souligner que cette commission doit respecter les principes internationaux notamment la conduite d’investigations et la poursuite des auteurs des crimes internationaux.

Plusieurs pays à l’instar de l’Afrique du Sud dont je suis originaire, durant la période de post-apartheid, ont tiré les leçons des Commissions Vérité, Justice et Réconciliation pour se réconcilier avec leur passe et j’ai la conviction que la Guinée ne peut que bénéficier d’une expérience similaire.

J’ai pu rencontrer hier plusieurs victimes de violations des droits de l’homme. J’ai écouté leurs terribles histoires et leur souffrance. J’ai été particulièrement émue par leur courage et leur soif de justice afin que ces crimes ne se reproduisent plus. Lorsque justice est rendue, cela signifie que les auteurs ont été poursuivis et jugés et que les victimes ont pu recevoir des réparations pour les violences endurées.

Lors de mes entretiens avec les membres du gouvernement, j’ai fait part de mon inquiétude concernant l’impunité persistante pour les auteurs de nombreuses et graves violations des droits de l’homme commises durant le processus électoral. Je réitère ce message à la Guinée : il faut mettre fin à la culture d’impunité. Aujourd’hui, les auteurs des plus atroces violations des droits de l’homme demeurent libres et ne sont pas inquiétés pour les actes qu’ils ont commis.

Le gouvernement devrait envoyer un message fort à ces auteurs de graves violations des droits de l’homme en procédant à des enquêtes et en poursuivant les violations des droits de l’homme alléguées dont celles qui sont commises par les forces de sécurité.

Au court de ma visite, j’ai également pu rencontrer des victimes de torture qui ont pointé du doigt les forces de sécurité. Pour qu’une démocratie devienne pleine et entière, le respect des droits de l’homme doit être effectif et les secteurs de la Justice et de la Sécurité doivent urgemment faire l’objet de réformes. Ceci doit constituer une priorité. Ces réformes doivent permettre un accès à la justice pour tous, conformément aux standards internationaux d’un procès équitable.

Durant mes rencontres avec les survivants de violence, ces derniers ont exprimé leur désir de voir la mémoire des victimes préservée. Ils redoutent que la nouvelle génération n’oublie ce que les victimes de violations des droits de l’homme ont subi dans le pays. Je suis convaincue qu’il est important que la jeune génération connaisse son histoire, bonne comme mauvaise, afin de promouvoir les droits de l’homme.

Nous avons célébré la semaine dernière la Journée internationale des femmes. Permettez-moi de renouveler l’importance de l’égalité des sexes afin que tous puissent jouir des droits de l’homme. La discrimination à l’égard des femmes doit cesser. Les hommes et les femmes sont égaux en droits. Les jeunes filles et les femmes doivent avoir un égal accès à l’éducation, à la santé et à l’hygiène. L’accès égal à l’emploi demeure un des défis majeurs de par le monde mais le combat doit continuer. Je suis attristée de constater que la violence sexuelle a été commise en totale impunité en Guinée. Je rappelle que tout viol équivaut à un acte de torture. Une fois de plus, les auteurs de violations des droits de l’homme, dont les violences sexuelles, doivent être jugés.

La Guinée est un pays riche en ressources naturelles. Cependant, la pauvreté et le manque de services de base représentent une grande inquiétude. La pauvreté a un impact négatif sur la pleine jouissance de tous les droits de l’homme. Il est primordial que la gestion des ressources naturelles du pays soit menée en accord avec les principes de base relatifs aux droits de l’homme tels que la participation, la non-discrimination et la responsabilité. Je salue les efforts déployés par la Guinée pour la mise en œuvre des standards de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries d’Extraction (EITI).

Mes principales inquiétudes concernant la situation des droits de l’homme en Guinée ont été soulignées dans le rapport que j’ai soumis au Conseil des droits de l’homme. Depuis août 2010, mon Bureau pays est pleinement opérationnel en Guinée.

Le gouvernement a exprimé son engagement en faveur de la protection des droits de l’homme et je souhaite que ceci soit traduit à travers des actions concrètes. J’aimerais mettre en évidence que la protection des droits de l’homme aussi bien des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels sont d’égale importance et essentiels a la paix, à la justice, à la sécurité et au développement. J’en appelle également à la communauté internationale afin qu’elle puisse soutenir la Guinée face à ces défis.