La Haut-Commissaire adjoint aux droits de l'homme applaudit les efforts nigeriens pour la résolution d'une gamme de problèmes relatifs aux droits de l'homme

Texte de la déclaration de la Haut-Commissaire adjoint aux droits de l'homme, Mme Kyung-wha Kang, à la fin de sa visite au Niger

6 avril 2012

Bonsoir et merci beaucoup à tous d'être venus.
C'est ma première visite au Niger et ce fut un immense plaisir de rencontrer un large éventail de personnes et d'être accueillie avec une hospitalité sans limite et convivialité ici est au Niger. Je suis profondément reconnaissante.

Ce fut un honneur et un plaisir de m'entretenir avec le Président Mahamadou Issoufou, le Premier Ministre Brigi Rafini, et le Ministre de la Justice Marou Amadou, les autres membres du Gouvernement, le Président de l'Assemblée nationale, l'Observatoire national des droits de l'homme, les organisations de la société civile et les autres agences des Nations Unies œuvrant au Niger.

J'ai beaucoup appris grâce à ces réunions, et acquis une appréciation beaucoup plus profonde pour l'engagement solide des autorités pour les droits de l'homme comme principes directeurs pour la gouvernance, mais aussi pour les énormes défis qui demeurent pour la pleine réalisation de tous les droits de l'homme pour tous, notamment dans les domaines des droits des enfants, des droits des femmes et l'égalité des sexes et des droits économiques et sociaux.

J'ai ressenti la volonté politique très forte du leadership du gouvernement pour améliorer la promotion et la protection des droits de l'homme dans le pays, et je suis heureuse de signaler que lors de ma visite, le Premier Ministre et le Ministre de la Justice du Niger ont répondu très positivement à ma suggestion qu'elles adressent une invitation permanente au mécanisme des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme.

J'ai également pu rencontrer les bénéficiaires des activités de renforcement des capacités droits de l'homme menées par le Conseiller aux droits de l'homme sous la direction du Coordonnateur résident des Nations Unies et l’appui des collègues aux siège. Ces hommes et ces femmes, parmi eux des avocats et des juges, des membres d'organisations de la société civile et des agents d'application de la loi, porteront le message des droits de l'homme au Niger et nous sommes très heureux d'avoir contribué au renforcement de leur vocation.

Une préoccupation urgente que j'ai abordée avec le gouvernement et les partenaires des Nations Unies au Niger fut la crise alimentaire récurrente qui touche des millions de personnes dans la région du Sahel. Le Niger, sous la direction du Président Mahamadou Issoufou, a mis en place une stratégie innovatrice multisectorielle, l'initiative 3N (Les Nigériens Nourrissent Nigériens) qui a été conçue pour habiliter les Nigériens à accéder à la sécurité alimentaire, avec un accent mis sur un système de production alimentaire durable. Cette stratégie est bel et bien une approche aux défis de l'insécurité alimentaire basée sur les droits de l’homme, et je souhaite vivement et suis persuadée que les principes des droits humains sont en train d’être intégrés dans la gamme complète des politiques de développement, de la paix et de sécurité du Gouvernement et de développement rural, avec le plein appui des partenaires des Nations Unies.

Consolider les droits de l'homme

Pour les droits humains soient pleinement garantis et réalisé au Niger, un cadre normatif solide compatible avec les normes internationales relatives aux droits de l’homme doit être établi. Le Niger a ratifié la plupart des conventions internationales relatives aux droits humains, mais n'a pas encore harmonisé ses lois nationales avec les dispositions de ces instruments. Bien que je comprenne que les traditions et les valeurs culturelles de chaque pays doivent être respectées, elles ne devraient pas servir d'excuse pour les violations continues des droits humains consacrés dans les conventions internationales.

Rendre compte régulièrement aux organes des traités, qui surveillent la conformité des États avec les traités qu'ils ont signés et ratifiés, est un moyen capital pour garantir les droits humains. A cet égard, je salue la création par le Gouvernement du Niger d'un Comité interministériel qui prendra les devants dans l'application des obligations de rendre compte. J'espère que le Comité sera en mesure d’atteindre son objectif.

Le gouvernement, en collaboration avec les organisations de la société civile et l'équipe pays des Nations Unies, élaborent ensemble un plan d'action pour mettre en œuvre les recommandations de l'Examen périodique universel du Conseil des droits de l'homme (EPU) que le Niger a passé en 2011. L'EPU a joué un rôle dans la lutte contre l'esclavage, entre autres, et plusieurs ONG au Niger ont depuis lors augmenté leurs activités de plaidoyer pour l'élimination dans toutes ses formes de cette pratique criminelle. Ce matin, j'ai participé au lancement d'un atelier pour développer ce plan d'action national pour les droits de l’homme.

Je tiens à féliciter le Conseil des ministres du Niger pour l'adoption d'un projet de loi pour mettre en place une nouvelle Commission nationale des droits humains. Avec l'adoption rapide du projet de loi par l'Assemblée nationale, la nouvelle Commission devrait être pouvoir jouer son rôle avec l'indépendance et toutes les ressources dont elle aura besoin.

Les droits des groupes vulnérables

Bien que je salue les nombreuses réformes juridiques qui ont eu lieu, y compris l'introduction de quotas pour les femmes à des postes électifs et dans le service public, des dispositions légales et réglementaires discriminatoires à l'égard des femmes persistent. La violence contre les femmes, qui peut prendre la forme de violence physique, verbale et psychologique, est encore tolérée par la société. Les femmes, qui constituent plus de la moitié de la population totale, sont également plus touchées par la pauvreté et ont moins accès à l'éducation que les hommes.

Les femmes méritent l'égalité totale des chances et je me réjouis de l'adoption d'une Politique nationale du genre. J'invite le Gouvernement à prendre des mesures efficaces pour mettre en œuvre cette politique, ainsi que de revoir sa législation exhaustive en vue d'abroger les dispositions discriminatoires contre les femmes dans les lois coutumières et modernes. Le chemin à parcourir est encore difficile, mais je suis confiant que le Niger sera en mesure de faire des progrès vers l'élimination de ses réserves à la Convention sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes.

J'ai aussi été préoccupée par la découverte que le Niger était à la fois un pays d'origine et de destination de la traite des enfants. Les garçons sont contraints à un travail manuel, tandis que les filles sont soumises à la servitude domestique ou la prostitution. Aucun enfant ne devrait jamais avoir à endurer le travail forcé ou l’exploitation sexuelle, et je salue la promulgation par le Gouvernement d'une loi contre la traite. L'application de cette loi saurait en outre garantir la protection des enfants et des peines pour les auteurs de traite d’êtres humains.

J'ai été informée que le rapport du Niger au Comité sur l'élimination de la discrimination raciale sera présenté prochainement aux organes de traités basés à Genève. Ce rapport abordera, entre autres, la question de l'esclavage qui est un sérieux défi pour le Niger.

Lutte contre la corruption

J'ai été très impressionnée par le travail du ministère et du Ministre de la Justice dans sa lutte contre la corruption. La corruption sape la protection et la promotion des droits humains, tout comme elle empoisonne l’Etat de droit, la transparence dans la gouvernance et l'allocation responsable des ressources de l’État. Je soutiens fermement l'initiative anti-corruption du Gouvernement, et j'espère qu'il peut établir un modèle pour de nombreux autres pays qui sont également confrontés à des décennies de gouvernance corrompue.

Les efforts du Niger pour la promotion et la protection des droits de l'homme pour tous dans ces circonstances difficiles doivent être applaudis et soutenus. Ces efforts doivent se poursuivre, avec la volonté politique sans faille pour un dialogue constant entre tous les acteurs. En payant mes profonds respects au Gouvernement et au peuple nigériens, alors qu'ils célèbrent les progrès accomplis au cours de la première année de mandat du Président Mahamadou Issoufou, je tiens à exprimer le plus grand soutien et la disposition du Haut-Commissariat aux droits de l'homme à les accompagner alors qu’ils s’attèlent à relever les nombreux défis qui les attendent dans cette entreprise de longue haleine pour réaliser tous les droits humains pour toutes les femmes et les hommes, les filles et les garçons au Niger.

Je vous remercie.

Pour plus d’informations sur la Haut-Commissaire adjoint des Nations Unies aux droits de l’homme, Madame Kyung-wha Kang: http://www.ohchr.org/FR/AboutUs/Pages/DeputyHighCommissioner.aspx

Page pays du HCDH sur le Niger: http://www.ohchr.org/FR/countries/AfricaRegion/Pages/NEIndex.aspx

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