Le Comité pour la protection des droits des travailleurs migrants examine le rapport du Paraguay

Comité pour la protection des droits
des travailleurs migrants 17 avril 2012

Le Comité pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille a examiné, hier après-midi et ce matin, le rapport initial présenté par le Paraguay sur la mise en œuvre des dispositions de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille.

Présentant le rapport de son pays, M. Juan Buffa, Directeur de la Direction chargée des communautés paraguayennes à l'étranger au Ministère des relations extérieures du Paraguay, a exprimé sa préoccupation s'agissant des conséquences de la crise économique mondiale sur des politiques migratoires fondées sur des idées favorisant une perception des migrations qui ne facilite pas le respect des droits de l'homme des migrants et des membres de leur famille. Il a déclaré que les statistiques montrent que la proportion d'étrangers dans la population paraguayenne n'a pas dépassé les 3,4% et se maintient à un niveau stable, les ressortissants du Brésil et de l'Argentine totalisant plus de 80% des immigrés. Les politiques menées par l'État s'efforcent de répondre aux besoins induits par ces flux migratoires; à cette fin, il met en œuvre depuis 2009 un Programme de régularisation migratoire. M. Buffa a en outre indiqué que tous les immigrants sur le territoire national sont bénéficiaires des programmes nationaux au même titre que les personnes nées sur le territoire paraguayen. Il a aussi indiqué qu'en 2007, 9,5% des 1 392 890 foyers du pays déclaraient qu'au moins un de leurs membres avait quitté le pays au cours des cinq dernières années, l'Argentine étant le principal pays de destination. Le chef de la délégation a aussi attiré l'attention sur un projet de loi intégrale contre la traite de personnes qui est en voie d'être approuvé par le Parlement national.

La délégation paraguayenne était également composée de représentants du Ministère de l'intérieur et du Ministère des relations extérieures. Elle a répondu aux questions soulevées par les membres du Comité s'agissant notamment de l'assistance apportée par le réseau de consulats paraguayens aux Paraguayens de l'étranger; de la régularisation des ressortissants étrangers vivant au Paraguay et des services sociaux auxquels ils ont droit; des transferts de fonds par des Paraguayens établis à l'étranger; de la lutte contre la traite de personnes; de la situation des réfugiés et des requérants d'asile; de la prise en charge des enfants migrants non accompagnés sans papiers d'identité; de l'importance de l'émigration de Paraguayens à l'étranger et de la population étrangère au Paraguay. À cet égard, la délégation a cité des chiffres datant de 2010, qu'elle a jugés sous-évalués, qui estiment entre 800 000 et 900 000 le nombre de Paraguayens qui résideraient à l'étranger, alors que quelque 180 000 ressortissants étrangers vivent au Paraguay.

Le rapporteur du Comité pour l'examen du rapport du Paraguay, M. Francisco Carrión Mena, a relevé une volonté politique manifeste du Pays de coopérer avec les organes onusiens de droits de l'homme. Relevant que le Paraguay est à la fois un pays d'origine et un pays d'accueil de migrants, il a insisté sur l'importance qu'il y a à disposer de statistiques fiables pour gérer de manière adéquate les questions migratoires. Il faudra en outre mettre l'accent sur la vulnérabilité particulière des communautés autochtones, eu égard à certaines migrations temporaires. Il a néanmoins constaté une prise de conscience du phénomène migratoire et du contexte de mondialisation dans lequel il s'inscrit. La corapporteuse, Mme Fatoumata Abdourhamana Dicko, a pour sa part souligné que l'économie du Paraguay est caractérisée par un chômage et un sous-emploi élevés, favorisant l'émigration à la recherche de meilleures conditions de vie.

Le Comité adoptera ses observations finales sur le rapport du Paraguay dans le cadre de séances privées avant de les rendre publiques à la clôture de la session, le vendredi 27 avril prochain.

Cet après-midi, à 15 heures, le Comité entamera l'examen du rapport du Tadjikistan (CMW/C/TJK/1), qu'il poursuivra demain matin.

Présentation du rapport du Paraguay

Présentant le rapport du Paraguay (CMW/C/PRY/1), l'Ambassadeur JUAN BUFFA, Directeur de la Direction chargée des communautés paraguayennes à l'étranger au Ministère des relations extérieures du Paraguay, a souligné que de l'avis de l'État paraguayen, les migrations ne doivent pas seulement être traitées comme un élément contribuant à la croissance économique mais aussi être appréhendées sous l'angle des droits de l'homme, notamment du droit de ne pas migrer ou de choisir de migrer. De ce point de vue, le Paraguay observe avec préoccupation les conséquences de la crise économique mondiale sur des politiques migratoires fondées sur les idées erronées selon lesquelles les pays développés accueilleraient «la misère du monde», ce qui favorise une perception des migrations qui ne facilite pas le respect des droits de l'homme des migrants et des membres de leur famille. Parallèlement, a ajouté M. Buffa, on constate que les politiques répressives à l'encontre des migrants ne contribuent pas à faire baisser les migrations irrégulières, lesquelles favorisent une augmentation du trafic de migrants, de la traite de personnes et de tous autres types d'abus qu'une situation de précarité peut engendrer, sans résoudre les défis associés aux migrations. Par ailleurs, il convient de rappeler que les pays développés ne sont ni les seules, ni les principales destinations des migrations, a fait observer M. Buffa. C'est pourquoi nous estimons que tant les pays développés que les pays en développement doivent être signataires de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, étant entendu que la migration organisée peut être une opportunité pour tous.

Les migrations ont marqué l'histoire sociale et politique du Paraguay et constituent un pilier central des politiques de l'État, a poursuivi M. Buffa. Il a indiqué que le recensement de la population qui doit être mené cette année dans le pays allait permettre de disposer de données actualisées et fiables sur la population travailleuse migrante résidant au Paraguay, ainsi que sur la population paraguayenne à l'étranger, grâce à un formulaire spécial à cet effet. En 2002, a précisé M. Buffa, ont comptabilisait quelque 173 176 personnes étrangères au Paraguay, contre 81 100 en 1972. Pour autant, les statistiques montrent que la proportion d'étrangers dans la population totale n'a pas dépassé les 3,4%, cette proportion se maintenant à un niveau stable sur cette période.

Pour ce qui est de l'origine de la population que reçoit le Paraguay, les dernières statistiques montrent que les ressortissants du Brésil et de l'Argentine occupent numériquement les premières places, totalisant plus de 80% des immigrés au Paraguay.

Les politiques menées par l'État paraguayen s'efforcent de répondre aux besoins induits par ces flux migratoires; à cette fin, l'État continue de mettre en œuvre le Programme de régularisation migratoire lancé en 2009 en vertu de la loi intitulée «Accord de résidence MERCOSUR» et grâce auquel ont été régularisés plus de 12 000 immigrants qui se sont ainsi vu octroyer tous leurs droits. En outre, au mois d'août dernier, est entrée en vigueur une vaste loi d'amnistie pour tous les étrangers qui a permis à de nombreux étrangers de régulariser leur situation migratoire, a souligné M. Buffa. Il a en outre attiré l'attention sur les efforts déployés par la Commission nationale pour les réfugiés, laquelle s'efforce d'appliquer l'engagement souscrit au niveau international par le Paraguay de fournir les documents pertinents aux personnes admises au statut de réfugié, leur permettant ainsi d'exercer tous leurs droits. En janvier dernier, a poursuivi M. Buffa, le Paraguay a adopté la loi approuvant la Convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie; il ne reste plus au pays qu'à déposer l'instrument de ratification de cet instrument, ce qui sera fait prochainement, a indiqué M. Buffa.

Les politiques publiques appliquées par le Paraguay visent à éliminer toute forme de discrimination à l'encontre des étrangers, a par ailleurs assuré M. Buffa, soulignant que le pays a ratifié la Convention n°100 de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur l'égalité de rémunération et que le Code du travail a été adapté en conséquence. Il a en outre indiqué que tous les immigrants sur le territoire national sont bénéficiaires des programmes nationaux au même titre que les personnes nées sur le territoire.

Selon des données de 2007, a poursuivi M. Buffa, 9,5% des 1 392 890 foyers que compte le Paraguay déclaraient qu'au moins un de leurs membres avait quitté le pays au cours des cinq dernières années. Les zones rurales sont davantage affectées par l'émigration que les zones urbaines, les jeunes étant les plus nombreux à émigrer, a-t-il précisé. L'Argentine est le principal pays de destination des ressortissants paraguayens, accueillant 70,2% des émigrants paraguayens. Soulignant que les personnes qui sont sorties du pays au cours des cinq dernières années enregistraient un meilleur pourcentage d'instruction, il a insisté sur le défi lancé au Paraguay qui a donc décidé d'engager un processus visant à soutenir le rapatriement des professionnels ayant obtenu un diplôme à l'extérieur.

Directeur chargé des paraguayens de l'étranger a ensuite attiré l'attention sur les politiques publiques mises en œuvre en faveur de la promotion et de la protection des droits des migrants paraguayens et des membres de leur famille. Jusqu'à présent, a-t-il précisé, plus de 30 000 ressortissants paraguayens ont bénéficié de l'aide au retour, alors que d'autres ont reçu un soutien en termes de réinsertion éducative.

M. Buffa a ensuite insisté sur les efforts déployés par le Paraguay en matière de lutte contre la traite de personnes. Il a notamment indiqué que le pays avait promulgué en 2011 le décret promulguant la Politique nationale pour la prévention et la lutte contre la traite de personnes. En outre, un projet de loi intégrale contre la traite de personnes a été présenté en décembre dernier et est en voie d'être approuvé par le Parlement national.

Le Paraguay consacre la protection des droits des migrants dans sa Constitution nationale de 1992, a poursuivi M. Buffa; le droit à la vie, la liberté de circulation, l'égalité des personnes, le droit à la protection de la famille ou encore le droit à l'éducation et le droit au travail sont accordés à tous sans discrimination aucune fondée sur la nationalité ou quelque autre motif. Ainsi, cherche-t-on à assurer l'accès de tous aux services étatiques et aux plus hauts niveaux de bien-être possibles. M. Buffa a par ailleurs souligné que l'État paraguayen fait de la laïcité un principe et que, comme l'a reconnu le Conseil des droits de l'homme lors de sa session de mars 2012, ce pays est un exemple positif en matière de respect de liberté de croyance et de religion. Enfin, M. Buffa a indiqué qu'à l'issue du référendum du 9 octobre 2011, 77,82% des électeurs ont accordé le droit de vote aux Paraguayens résidant à l'étranger pour les élections présidentielles et sénatoriales.

Examen du rapport

Questions et observations des membres du Comité

M. FRANCISCO CARRIÓN MENA, rapporteur du Comité pour l'examen du rapport du Paraguay, a déclaré qu'il ne fait aucun doute que le Paraguay manifeste un esprit positif à l'égard de la problématique des migrations. Il existe ces dernières années une volonté politique manifeste du Gouvernement paraguayen de coopérer avec les organes onusiens de droits de l'homme, a en outre relevé M. Carrión Mena.

Relevant que le Paraguay est à la fois un pays d'origine et un pays d'accueil de migrants, M. Carrión Mena a insisté sur l'importance qu'il y a à disposer de statistiques fiables pour gérer de manière adéquate les questions migratoires, qui sont complexes. Le rapporteur a rappelé que la traite de personnes est un sujet extrêmement sensible qui peut aller jusqu'à menacer la stabilité d'un État; aussi, a-t-il souhaité en savoir davantage sur le projet de loi sur la traite de personnes en cours d'élaboration au Paraguay.

M. Carrión Mena a par ailleurs souhaité en savoir davantage sur la vulnérabilité particulière des populations autochtones, sur la situation des Boliviens et Boliviennes se trouvant sur le territoire du Paraguay et sur la situation des Paraguayens vivant à l'étranger. Il s'est également enquis des mesures prises pour permettre aux Paraguayens de l'étranger d'exercer leur droit de vote.

MME FATOUMATA ABDOURHAMANA DICKO, corapporteuse du Comité pour l'examen du rapport paraguayen, a souligné que l'économie du Paraguay repose essentiellement sur un tissu de petites et moyennes entreprises (PME), ce qui implique un chômage et un sous-emploi élevés, lesquels sont des facteurs favorisant l'émigration à la recherche de meilleures conditions de vie.

Soulignant que les populations autochtones figurent parmi les groupes les plus vulnérables du Paraguay, Mme Dicko s'est enquise des dispositions prises en faveur de la réintégration de ces personnes lorsqu'elles retournent, éventuellement, au Paraguay, après une période d'émigration. Qu'en est-il du nombre de Paraguayens vivant à l'étranger et du nombre d'étrangers vivant au Paraguay, a demandé Mme Dicko? Elle a aussi souhaité des précisions sur l'accès à la justice pour les migrants paraguayens vivant à l'étranger.

Un autre membre du Comité a demandé à cet égard ce qu'il en était des services de conseils juridiques offerts aux ressortissants paraguayens à l'étranger, notamment en Europe. Il a par ailleurs voulu savoir si le Paraguay a passé des accords de réadmission avec des pays tiers.

La délégation a été priée de fournir des précisions sur la législation du travail applicable aux travailleurs migrants, y compris ceux qui se trouvent en situation irrégulière. Une experte s'est en outre enquise de l'âge légal d'admission à l'emploi qui, selon certaines informations, serait fixé à 10 ans au Paraguay. Une autre experte s'est enquise de la procédure applicable aux mineurs non accompagnés au Paraguay.

Relevant que le statut de résident temporaire est accordé pour un an et est renouvelable six fois, une experte s'est enquise de ce qu'il advient par la suite, notamment si cette personne est sans emploi au moment de sa demande de renouvellement.

Un expert a cité des chiffres selon lesquels, sur une population paraguayenne de 6,3 millions, 30 à 40% vivraient à l'étranger, dont plusieurs centaines de milliers en Argentine et un grand nombre en Espagne. Aussi, plusieurs experts ont-ils demandé si le Paraguay a signés des accords bilatéraux que les pays concernés.

Un membre du Comité a souhaité en savoir davantage sur les modalités d'intervention des agents de sécurité privés pour procéder à l'arrestation d'un immigrant ou d'un citoyen.

Un expert a demandé des informations sur la situation des migrants se trouvant en transit au Paraguay.

Réponses de la délégation

La délégation du Paraguay a insisté sur la complexité des migrations au Paraguay. Depuis plusieurs décennies déjà, l'émigration de Paraguayens dépasse de loin l'immigration, a-t-elle souligné. Selon des chiffres datant de 2010, on estime entre 800 000 et 900 000 le nombre de Paraguayens qui résideraient à l'étranger, mais la délégation a estimé que ce chiffre est nettement sous-évalué. En effet, pour la seule Argentine, il y aurait beaucoup plus que les quelque 550 000 Paraguayens officiellement enregistrés dans ce pays, car nombre d'autres n'y sont pas officiellement enregistrés, surtout en zones rurales, sans parler des nombreuses migrations temporaires de Paraguayens dans ce pays voisin. La délégation a par la suite fait état d'un chiffre officieux évaluant à 135 000 le nombre de Paraguayens présents en Espagne, dont bon nombre travaillent et vivent dans ce pays en situation irrégulière.

Pour ce qui est de l'immigration, la délégation a rappelé qu'il y a eu une période de repopulation du Paraguay après la guerre de 1870, le pays s'efforçant à l'époque d'attirer le plus grand nombre possible d'immigrants. Ensuite, plus récemment, dans les années 1960 et 1970, l'immigration dans le pays était liée, entre autres, à un développement agricole intense ainsi qu'à d'importants chantiers hydroélectriques dans le pays. Mais cette immigration s'est aujourd'hui amoindrie puisque, pour le dernier recensement en date, on parle de quelque 180 000 ressortissants étrangers vivant au Paraguay, a indiqué la délégation.

La délégation a en outre attiré l'attention sur les progrès enregistrés en matière de régularisation des ressortissants étrangers résidant au Paraguay et de services offerts à ces personnes. La loi de régularisation de 2011 offre aux personnes étrangères vivant sur le territoire paraguayen une possibilité de voir leur situation régularisée pour deux ans une fois qu'il a été prouvé qu'elles ont vécu au moins un an sur le territoire du Paraguay, a indiqué la délégation. L'octroi du titre de séjour permanent relève d'un processus distinct, a-t-elle souligné. Elle a ensuite ajouté qu'une autre loi s'applique aux pays membres du Mercosur, en vertu de laquelle, s'agissant par exemple des nombreux Brésiliens qui vivent à l'intérieur du Paraguay le long de la frontière avec le Brésil, un permis de séjour permanent est accordé après une période de deux ans. Des équipes mobiles sont chargées de procéder à l'enregistrement des personnes concernées préalablement à la régularisation de leur situation au Paraguay. À ce jour, plus de 12 000 personnes ont ainsi pu voir leur situation régularisée, a fait valoir la délégation.

Répondant à des questions sur l'accès à l'enseignement, aux soins de santé et à la justice, la délégation a notamment souligné que l'éducation obligatoire et gratuite concerne tous les enfants vivant sur le territoire paraguayen, indépendamment du statut migratoire de leurs parents. La santé et l'éducation sont garanties pour tous les ressortissants étrangers, a insisté la délégation. Les étrangers jouissent des mêmes droits que les ressortissants paraguayens pour ce qui est de l'accès à la justice, a-t-elle ajouté. La loi n'établit aucune distinction, s'agissant du droit à la retraite, entre les citoyens paraguayens et les étrangers se trouvant en situation légale sur le territoire paraguayen et ayant droit à la retraite, a aussi indiqué la délégation.

Le Ministère de la justice et du travail est l'institution chargée de veiller aux droits des travailleurs migrants sur le territoire paraguayen ou concernant des Paraguayens à l'étranger, a par ailleurs indiqué la délégation. L'Institut de prévoyance sociale joue également un rôle important dans ce domaine, a-t-elle ajouté.

La délégation a rappelé qu'une commission interinstitutionnelle pour la prévention et la répression de la traite des personnes en République du Paraguay a été créée, par décret, en avril 2005, qui coordonne toutes les institutions étatiques impliquées à un niveau ou un autre dans la lutte contre ce phénomène. Le Code pénal a été modifié de manière à inclure des dispositions sur la traite de personnes, a ensuite indiqué la délégation. Elle a ajouté qu'une loi spécifique sur la traite de personnes se trouve en cours de lecture devant le Parlement, lequel prend très au sérieux cette tâche, comme en témoigne la forte assiduité des parlementaires qui étaient réunis au complet lors de l'examen de ce texte, désormais renvoyé au Sénat.

On observe une concentration particulière des phénomènes d'exploitation par le travail et d'exploitation sexuelle dans la région de Buenos Aires et dans les États argentins frontaliers du Paraguay (Formosa, Chaco, Corrientes et Misiones), a précisé la délégation.

En réponse à la question d'une experte, la délégation a indiqué que l'âge légal d'admission à l'emploi au Paraguay est fixé à 15 ans. Les jeunes âgés de 12 à 15 ans peuvent travailler dans les entreprises de leur famille, mais pour un maximum de 24 heures hebdomadaires.

La délégation a souligné que les services consulaires paraguayens ont été renforcés, notamment en Argentine, afin de mieux servir et protéger les Paraguayens expatriés, notamment pour ce qui a trait à l'octroi de papiers pour ceux d'entre eux qui doivent être régularisés. Les consulats sont réellement devenus des «maisons des Paraguayens», a insisté la délégation, précisant qu'à Madrid, par exemple, le consulat paraguayen a été totalement séparé de l'Ambassade. Des quartiers entiers de Buenos Aires sont peuplés de Paraguayens, a aussi souligné la délégation, indiquant que des centres communautaires paraguayens sont longtemps parvenus à pallier à l'absence de présence consulaire pour les habitants de ces quartiers.

Il existe une grande dispersion de la présence des Paraguayens dans les pays étrangers, sauf peut-être pour l'Espagne et les États-Unis, Madrid et New York accueillant la très grande majorité des Paraguayens vivant dans ces pays. La délégation a ajouté que des mesures prises pour favoriser l'enregistrement des Paraguayens de l'étranger suite au référendum relatif au droit de vote de ces émigrants.

L'envoi de fonds au pays par des Paraguayens de l'étranger ne sont pas fiscalisés; ils ne sont soumis à aucune taxe et aucune entité étatique n'intervient dans ces flux financiers qui restent totalement d'ordre privé, a indiqué la délégation en réponse à une autre question, ajoutant que des mesures ont été prises pour réduire les coûts et les délais de ces transferts de fonds.

De nombreux Paraguayens sont détenus à l'étranger, en particulier pour cause de trafic de stupéfiants; ils ont souvent été utilisées comme «mules» pour le transport de la drogue, a par ailleurs indiqué la délégation.

À ce jour, a indiqué la délégation, la Commission nationale des réfugiés (CONARE) a octroyé des documents à une centaine de requérants d'asile qui ont ainsi acquis le statut de réfugié au Paraguay. Les demandeurs d'asile bénéficient de l'aide de nombreuses organisations non gouvernementales, a-t-elle ajouté. La loi générale de 2002 sur les réfugiés donne la possibilité aux requérants d'asile d'engager un recours, jusqu'à la Cour suprême de justice, s'ils ont été déboutés de leur demande d'asile, a fait valoir la délégation.

La pratique de l'expulsion d'étrangers est très rare au Paraguay dans la mesure où la politique migratoire du pays n'est pas répressive, a souligné la délégation.

Bien que le Paraguay soit l'un des pays ayant fait le plus d'efforts en faveur des Guaranis, la question autochtone au Paraguay est une question épineuse, a reconnu la délégation. En effet, au départ, les Guaranis étaient une population nomade. Or, leur habitat, la forêt, s'est gravement dégradé, alors que toute la vie de ces populations dépendait de ces forêts, a expliqué la délégation, qui a ajouté que des sociétés étrangères d'exploitation du bois sont venues exploiter les ressources du pays. Le Paraguay a toujours connu un processus de métissage très fort entre les Guaranis, les autres Paraguayens et les immigrants, a poursuivi la délégation. Il subsiste au Paraguay quelque 100 000 Guaranis sur une population totale de sept millions d'habitants et des terres leur ont été et leur sont encore accordées; mais il n'en demeure pas moins qu'il est difficile de protéger la culture de ces personnes car elles se déplacent souvent.

Le Président du Comité ayant souligné que les populations autochtones et autres personnes déplacées à l'intérieur du pays ne sont pas concernées par la Convention, la délégation a recadré son intervention en indiquant qu'à l'exception de quelques rares cas de traite de personnes, notamment à des fins d'exploitation sexuelle, il n'y a pas au Paraguay de migration d'autochtones vers des pays tiers.

Évoquant des occupations de terres par des paysans sans terre, la délégation a indiqué que l'État paraguayen a dû prendre à deux reprises les mesures qui s'imposaient pour faire respecter le droit à la propriété privée de propriétaires qui, dans ces cas précis, étaient brésiliens. Ainsi, des décisions de justice ont-elles été prises afin de déloger et d'expulser les paysans sans terre concernés, mais concrètement, ils avaient quitté les lieux avant que ces décisions n'aient à être mises en œuvre, a précisé la délégation.

Répondant à une question sur le sort des enfants migrants non accompagnés, la délégation a indiqué que si les autorités paraguayennes étaient confrontées à des cas d'enfants non accompagnés sans papiers d'identité, elles auraient recours à la loi d'adoption dans les cas où il ne serait pas possible d'établir la filiation de ces enfants. Ces enfants seraient orientés vers les centres d'adoption, bénéficieraient d'une aide sociale et passeraient par la procédure d'adoption, a expliqué la délégation.

Observations préliminaires

M. CARRIÓN MENA, rapporteur du Comité pour l'examen du rapport du Paraguay, a remercié la délégation paraguayenne pour avoir fourni au Comité des informations claires et complètes sur le phénomène migratoire dans le pays et sur les difficultés qui en découlent à l'heure actuelle. Le Paraguay a réalisé d'énormes progrès dans le domaine des droits de l'homme en général, le pays ayant ratifié ces dernières années de nombreux instruments internationaux, a déclaré le rapporteur. Il y a eu, au Paraguay, une prise de conscience du phénomène migratoire et du contexte de mondialisation dans lequel il s'inscrit et cela est très positif, a insisté M. Carrión Mena. Le phénomène migratoire étant très complexe et il reste au pays à mieux en élucider certains aspects, a-t-il estimé. Il faudra notamment mettre l'accent sur la vulnérabilité particulière des communautés autochtones dans ce contexte, eu égard à certaines migrations temporaires, a-t-il précisé. Le rapporteur a aussi estimé que la collecte de statistiques continue de poser des problèmes.

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