Allocution de Mme Kyung-wha KANG, Haut_Commissaire adjoint des Nations Unies aux droits de l'homme

CEREMONIE D’OUVERTURE DE L’ATELIER RELATIF A LA MISE EN OEUVRE DES RECOMMANDATIONS DE L’EXAMEN PERIODIQUE UNIVERSEL DU NIGER

Niamey, Niger
6 avril 2012

Excellence, Monsieur le Premier Ministre,
Excellence, Monsieur le Ministre de la Justice,
Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,
Madame le Gouverneur de la Région de Niamey,
Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique,
Honorables Députés,
Mesdames et Messieurs les Représentants de l’Organisation Internationale de la Francophonie,
Monsieur le Coordonnateur Résident,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’Agences des Nations Unies,
Mesdames et Messieurs les Représentants de la Société Civile,
Chères Participantes, Chers Participants,

C’est pour moi et mes collègues du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme un grand honneur et un plaisir de prendre part à l’atelier relatif à la mise en œuvre des recommandations de l’Examen Périodique Universel (EPU) du Niger. Je voudrais avant tout féliciter le Gouvernement du Niger pour l’organisation de cet atelier. Je souhaite également  remercier l’Organisation Internationale de la Francophonie pour sa coopération et sa contribution à la tenue de cet événement.

Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs, chers invités,
L’Examen périodique universel a été établi par la résolution 60/251 de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée le 15 mars 2006  créant le Conseil des droits de l’homme. L’Examen périodique universel (EPU) est un  mécanisme unique en son genre. Il consiste à passer en revue, tous les quatre ans, les réalisations de l’ensemble des 193 Etats membres de l’ONU dans le domaine des droits humains. Mené par les Etats, sous les auspices du Conseil des droits de l’homme, il  fournit à chaque Etat l’opportunité de présenter les mesures qu’il a prises pour améliorer la situation des droits de l’homme sur son territoire et remplir ses obligations en la matière.
Le premier cycle de ce mécanisme, basé sur la coopération, a été formellement clos en mars 2012 et                                                                                                                                                               a permis d’examiner la situation des droits humains dans l’ensemble des Etats membres de l’ONU en les traitant de façon égale. Le rapport national du Niger a été examiné lors de la dixième session du Groupe de Travail sur l’EPU, en juin 2011. Le Gouvernement du Niger, alors représenté par son Ministre de la Justice, a présenté l’année dernière son rapport national et a participé de manière active  à l’EPU.

Au terme  de cette présentation, 112 recommandations ont été formulées à l’endroit de l’Etat du Niger dont 6 ont été rejetées. Sur cette base, le Gouvernement entend élaborer  un plan d’action national pour les droits humains qui  servira de feuille de route à la mise en œuvre des recommandations de l’EPU, permettant à terme d’améliorer la situation des droits humains -qu’ils soient civils,  politiques  ou économiques, sociaux et culturels- au Niger.

Je tiens à féliciter le Gouvernement du Niger d’avoir soutenu le travail du Comité interministériel pour le suivi des instruments internationaux et pour la rédaction des rapports nationaux relatifs aux droits humains. Je suis convaincue que cet organe permettra d’améliorer  la mise en œuvre des recommandations des mécanismes des droits humains, et j’en appelle au Gouvernement pour qu’il  soit doté des ressources nécessaires à l’accomplissement de son mandat, et pour qu’il maintienne une coopération étroite avec les membres de la société civile du Niger.

J’applaudis la volonté du Gouvernement du Niger d’inclure dans le plan d’action national, l’ensemble des recommandations de l’EPU de même que celles énoncées par les organes de traités internationaux des droits humains et les experts indépendants du Conseil des droits de l’homme.

En particulier,  j’attire l’attention du Gouvernement du Niger sur la nécessité de mettre en œuvre en priorité les recommandations ayant trait à la mise en conformité du droit nigérien aux normes internationales des droits humains dans le domaine du droit des femmes et des enfants, de la lutte contre l’esclavage et de la lutte contre la pauvreté. Il faudra également que le Gouvernement du Niger continue à consolider son système judiciaire en garantissant davantage d’indépendance au pouvoir judiciaire et en octroyant davantage de moyens aux acteurs de la chaine pénale. Les progrès déjà réalisés dans ce domaine sont encourageants. Toutefois, le Gouvernement du Niger doit parfaire sa renommée dans le domaine des droits humains en priorisant l’accès à la justice et la lutte contre l’impunité comme conditions fondamentales de la démocratie.

D’autres mesures recommandées par l’EPU devront également être mises en œuvre de manière prioritaire. Je pense par exemple à la mise en place d’une  Commission Nationale des Droits Humains indépendante et représentative de l’ensemble des secteurs de la société nigérienne. Les efforts déjà entamés dans ce sens devront être consolidés. Je suis certaine que le projet de loi relatif à la mise en œuvre de cette commission sera bientôt voté par le Parlement. La nouvelle commission devra être dotée de moyens suffisants et de l’indépendance nécessaires à sa crédibilité.

Afin d’instaurer un état de droit pérenne, les autorités devront encourager le réexamen des lois nigériennes discriminatoires à l’égard des femmes et des enfants, l’adoption et l’application des lois respectant les dispositions de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination a l’égard des femmes, dûment ratifiée par le Gouvernement du Niger. Ainsi pourront être abolis à jamais l’impunité pour les violences sexuelles contre les femmes et les enfants, les mutilations génitales féminines, de même que les enlèvements et la traite des enfants. A ce titre, je voudrais saisir cette occteurscasion pour demander solennellement au Gouvernement du Niger  et des autres acteurs de faire de leur mieux pour lever les réserves formulées à la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. Ces réserves contrastent avec la volonté fortement exprimée par l’Etat du Niger de concéder des droits égaux à toutes les nigériennes et à tous les nigériens.

Mesdames, Messieurs, chers invités,

La mise en œuvre des recommandations des traités internationaux des droits humains demande un engagement de la part de toutes les parties prenantes, à savoir la société civile, les parlementaires, l’appareil judiciaire, le gouvernement, et la communauté internationale dans son ensemble.  Chacun à son niveau a un rôle à jouer dans la mise en œuvre effective des recommandations issues des mécanismes des droits de l’homme, dont celles issues de l’EPU.

J’en appelle  à tous les acteurs étatiques et non étatiques afin de  réunir leurs efforts  dans la réalisation effective de ces recommandations qui conduiront, à terme, au respect des droits humains.

Pour notre part, le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme est tout à fait convaincu de l’engagement sans faille du gouvernement de faire des droits humains une réalité pour tous ceux et toutes celles qui vivent dans ce beau pays. Et nous sommes prêts à accompagner le Niger dans ce processus.

Je vous remercie de votre bien aimable attention et vous souhaite d’excellentes journées d’échanges.