LE RAPPORTEUR SPÉCIAL SUR LE DROIT À L'ALIMENTATION CONCLUT SA MISSION D'URGENCE AU NIGER




13 juillet 2005


Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, M. Jean Ziegler, a conclu aujourd'hui la mission d'urgence qu'il menait au Niger depuis le 8 juillet 2005, accompagné de plusieurs collaborateurs et d'une équipe de télévision des Nations Unies. M. Ziegler publie à cette occasion la déclaration suivante:


«Le Rapporteur spécial a constaté l'extrême gravité de la situation alimentaire au Niger, caractérisée par le fait que 3,6 millions de personnes, dont plus de 800 000 enfants, sont confrontées à la malnutrition sévère, qui peut à tout moment se transformer en famine. Cette situation est le résultat de la sécheresse et de l'invasion acridienne qui a anéanti une grande partie des récoltes de 2004, frappant un pays dont l'économie souffre déjà d'une vulnérabilité alimentaire structurelle et permanente.

Le Gouvernement a subdivisé le pays en 106 zones de surveillance. De ces zones, 19 seulement présentent une situation alimentaire satisfaisante. Dans toutes les autres zones, la situation est soit critique, soit extrêmement critique. Dans certaines poches de famine, des personnes vulnérables, notamment des enfants de moins de 5 ans, meurent dès maintenant.

Lors de ses visites dans certaines de ces zones, notamment à Ouallam et à Tondikiwindi, le Rapporteur spécial s'est rendu compte du fait que des milliers de villageois, pour survivre, sont réduits dès maintenant à la consommation exclusive de nourriture de pénurie (grains récupérés dans les termitières, des racines et fruits toxiques appelés Anza). Beaucoup d'hommes sont en exode. Les femmes sous-alimentées sont souvent trop faibles pour labourer et les enfants montrent des signes évidents de sous-alimentation sévère.

La prochaine récolte de mil, aliment de base, n'est attendue qu'en octobre 2005. Vu les conditions climatiques aléatoires, son volume est incertain.

Le Rapporteur spécial remercie le Gouvernement de son accueil et de la manière totalement transparente avec laquelle il a répondu à toutes ses questions. Le Rapporteur spécial a été reçu en particulier par Son Excellence Monsieur le Président de la République, Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, les ministres du développement agricole, des ressources animales et de la promotion de la femme et de l'enfant, ainsi que les directeurs du dispositif national de prévention et de gestion des crises, de la Cellule crise alimentaire (CCA), de l'Office des produits vivriers du Niger (OPVN) et du Système d'alerte précoce (SAP). Il a rencontré également les responsables de la majorité présidentielle, de l'opposition parlementaire et de la société civile.

Le Rapporteur spécial appuie les initiatives prises par le Gouvernement pour faire face à la situation, notamment la vente à prix modérés des stocks de réserves, l'utilisation des banques céréalières et l'appui fourrager aux éleveurs. Cependant, le Rapporteur spécial demande au Gouvernement d'opérer dès maintenant la distribution gratuite des vivres aux groupes vulnérables (enfants, femmes enceintes et personnes âgées) pour assurer leur survie. Il demande également au Gouvernement de garantir avec effet immédiat l'accès gratuit aux centres de santé destinés à réhabiliter les enfants dénutris.

En dépit des efforts impressionnants des autorités nationales, la situation alimentaire reste extrêmement préoccupante. Les différentes organisations du système des Nations Unies (notamment l'Unicef, la FAO, le PAM, le PNUD, l'OMS, l'UNFPA, la Banque mondiale) et les ONG internationales (notamment MSF, ACF, Oxfam, World Vision, Plan International) assument dans la présente situation un rôle déterminant. Or leurs moyens sont dangereusement limités. La réponse de la communauté internationale à la tragédie nigérienne se révèle totalement insuffisante.

Ainsi, l'Appel d'urgence lancé en mai 2005 par ces organisations a malheureusement échoué. L'Appel d'urgence visait à recueillir les fonds supplémentaires nécessaires à la couverture des besoins essentiels des populations jusqu'à la fin septembre 2005. Il demandait des fonds d'urgence d'un montant de 16 191 000 dollars. À ce jour, la réponse des donateurs a été de moins de 3,8 millions de dollars.

Le Rapporteur spécial rappelle que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels oblige les États parties à répondre d'une façon rapide et satisfaisante à toute urgence alimentaire grave et avérée surgissant sur le territoire d'un État membre des Nations Unies. Le Rapporteur spécial demande instamment aux États membres des Nations Unies d'honorer leurs obligations légales et d'assurer le respect du droit à l'alimentation des populations martyres du Niger.»

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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel